
Choisie par ses pairs, en octobre 2022, pour reprendre le flambeau transmis par Mikaël Hugonnet, Delphine Sabatey a été reconduite, début décembre, à la tête du Conseil de l’Ordre des experts-comptables de Nouvelle-Aquitaine pour un mandat de deux ans. Entre bilan et projets, point d’étape présidentiel à mi-parcours…
La représentativité de la profession dans les territoires est une notion qui vous tient tout particulièrement à cœur. Comment cette priorité s’exprime-t-elle dans vos actions et vos projets ?
« C’est dans les territoires, y compris les plus reculés, que s’impulsent les dynamiques économiques. C’est aussi dans les territoires que les experts-comptables ont un rôle essentiel à tenir pour continuer d’être les premiers partenaires des entreprises. C’est enfin dans les territoires que ces mêmes experts-comptables ont eux-mêmes le plus besoin d‘être accompagnés, soutenus, représentés. L’une des priorités e la précédente mandature était de doter les départements qui en étaient jusqu’alors dépourvus d’associations capables de fédérer les énergies, de créer du lien et de briser le carcan de l’isolement pour nombre de nos confrères. L’ex-région Poitou-Charentes, où rien n’avait été fait jusque-là, possède désormais ses quatre associations. D’autres départements, plus au sud et à l’est, doivent encore être « boostés ». Des structures restées en sommeil depuis la crise sanitaire ont besoin de renaître de leurs cendres. Plus le temps passera, plus la redynamisation de ces territoires sera difficile à faire. Il faut donc agir vite. »
La représentativité, c’est aussi celle que l’expertise comptable revendique auprès des pouvoirs publics…
« Des institutionnels en général, oui. Aller à leur rencontre, leur faire comprendre le poids de notre mission et l’utilité de notre action pour la bonne santé économique de notre pays est un leitmotiv. D’importantes avancées ont été constatées, mais il faut aller plus loin, dans la rencontre, la concertation, la proposition... Un dialogue permanent doit s’instaurer. Les pouvoirs publics ont tout à gagner d’une consultation régulière des experts-comptables, de la prise en compte de leurs retours d’expériences, de leurs avis, de leurs mises en garde parfois... La répétition de ces échanges ne pourra que faciliter leur lecture de l’économie des territoires, leur permettre d’anticiper au mieux l’avenir, de prévenir, notamment, de la manière la plus objective possible, les difficultés des entreprises. »
Dans votre esprit, l’expert-comptable doit-il se transformer en lanceur d’alerte ?
« Il l’est déjà, car personne n’est mieux placé que lui pour sonder les dirigeants, leur faire verbaliser leurs doutes, leurs espoirs, leurs difficultés aussi. La grande qualité de l’expert-comptable, c’est cette proximité avec l’entreprise et cette hauteur d’esprit, ce recul pris sur chaque situation. Plus on dira au monde qui nous sommes, ce que nous faisons et ce dont nous sommes capables, plus nous abolirons les obstacles et libèrerons la parole. »
Si l’expert-comptable parvient à libérer la parole du dirigeant en difficulté, comment peut-il concrètement lui venir en aide ?
« Notre présence au sein des Centres d’information sur la prévention (CIP) est la garantie d’un accompagnement ciblé et personnalisé du dirigeant fragilisé. La possibilité d’obtenir, par le biais dudit CIP, un diagnostic gratuit de la situation de son entreprise, n’est pas non plus négligeable. Au sortir de la période Covid, nous avons constaté que nombre de startups, TPE, PME sous perfusion, car rapidement devenues déficitaires, avaient été mal construites, lancées à la va-vite, avec des capitaux propres trop faibles. L’évidence s’est alors imposée d’ériger en priorité la sécurisation des parcours des créateurs et/ou des repreneurs. Nous portons aujourd’hui, en partenariat avec l’institut SOFOS, un projet de formation pour « dirigeants qui se lancent », dont la vocation première sera de fournir les outils nécessaires à l’anticipation et à la prévention de potentielles difficultés.»
Lors de votre élection en 2022, vous aviez pointé du doigt le manque d’attractivité de la profession. Est-ce un sujet toujours sensible ?
« Il l’est d’autant plus que le renforcement de cette attractivité découle d’un long processus de sensibilisation, de promotion, de mise en valeur. Et de présence active, surtout, sur le terrain, comme celle opérée par nos ambassadeurs, dont le travail est exemplaire. Il faut à tout prix assurer leur pérennité. Cette présence-là, nous l’intensifions aussi, depuis des mois, sur les salons, sur les événements économiques, populaires, éducatifs… Dans les lycées, les écoles, nous sommes au contact direct des jeunes. Et cela porte ses fruits. Moi-même, j’ai choisi de mettre l’accent sur la communication, car il est impératif, pour devenir attractif, d’apprendre à se mettre en avant, à dire ce que l’on fait, comment on le fait… Or, les retours que nous avons, c’est que ces innovations en interne plaisent aux jeunes. Ils semblent apprécier la volonté que nous affirmons de communiquer autrement. »
Et c’est quoi « communiquer autrement » ?
« C’est se rendre incontournable sur les réseaux sociaux, c’est valoriser l’info de proximité, c’est savoir faire et faire savoir... Ce pourrait être, aussi, cette application digitale que j’appelle de mes vœux, une appli qui rendrait l’information plus accessible pour nos confrères, sur laquelle on pourrait se connecter pour connaître les actualités en direct, les agendas à compiler, les événements auxquels participer. Ça, c’est pour bientôt.
Sur le plan de l’information, j’ajouterai que nous prévoyons également de densifier nos rendez-vous d’experts, en insistant sur les aspects réglementaires et la sécurisation de la pratique professionnelle. Dernier projet, et pas des moindres : la création, au siège, d’un studio télé, grâce auquel nous pourrons produire des contenus de plus grande qualité. »
ELLE A DIT
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Source : L'Echo des Experts-Comptables de Nouvelle-Aquitaine
Publié le 20/12/2025